nebuleuse

   La nébuleuse de la Lyre: quelle poésie dans ce nom ! Il m’évoquait la musique de l’Esprit. Quelle beauté dans les formes! La symétrie de l’anneau me fascinait. Et quel rôle essentiel elle jouait! Elle ensemençait l’Univers par la transformation de l’hydrogène primordial en éléments plus lourds. Précurseur du Vivant, la fin tragique de cette vieille étoile est une bénédiction. Trônant dans le triangle des nuits d’été, elle accaparait mon attention et mon télescope. Mais d’autres constellations, jalouses, m’appelaient. Manipulant mon instrument optique, j’explorai au hasard le ciel pur. Je reconnus alors à chacune des étoiles leur singularité. Je découvrais dans leurs éclats si semblables pour l’homme vulgaire, de la timidité attendrissante, de la fierté auguste, de la sagesse millénaire, de l’exubérance pétillante, de l’originalité déclarée, de la tristesse sénile, de la pudeur virginale, de la sérénité élégante. Je sentais peu à peu s’estomper le voile glacial de leur indifférence lointaine. Elles se détournèrent majestueusement les unes après les autres de leurs espaces incommensurables et concentrèrent avec munificence leurs rayons sur moi, le seul qui sût distinguer ces sœurs aux charmes si variés. Le reste de l’Univers me parut quelques instants privé de la beauté pénétrante de ses astres. Moi seul en jouissais pleinement comme jamais aucun être ne l’avait fait. Une volupté céleste irradiait mon corps. La piqûre d’un moustique inopportun, poussières d’étoiles lui aussi, interrompit mon extase astronomique et mégalomaniaque. Je revins au présent, quittant le lointain et la passé.