cèpe

  Dès les premières lueurs de l’aube, armé d’un couteau, je partis à la chasse aux champignons. Après quelques kilomètres sur un petit sentier de montagne, je décidai de m’enfoncer dans la forêt de conifères, à la recherche de cèpes des pins. Alors que mes yeux et mes mains inspectaient les zones propices, mon esprit se tournait, lui, vers le futur festin. La couleur brun-rouge occupait mes sens, la chair compacte et ferme mes pensées.

  Au bout d’une demi-heure, ma salive s’épanouit soudain dans ma bouche peut-être avant même que je réalise pleinement la présence de ma première prise. Je dégainais mon couteau et m’apprêtais à couper le champignon à la base quand des idées étranges s’imposèrent à moi: le champignon n’était-il pas vivant? N’allait-il pas souffrir? Devais-je le remercier de son sacrifice ou lui demander pardon?

  Me reprenant, je déclenchai la mise à mort. J’entendis alors, horrifié, le champignon grogner! Non, attendez! Ce n’était pas le champignon qui grognait, c’était un ours, debout à une vingtaine de mètres de moi! Je ne le regardai pas dans les yeux, lui parlai doucement pour qu’il m’identifiât en tant qu’humain et non comme une proie potentielle. Je reculai lentement, sans mouvement brusque, face à lui, laissant sur place ma fierté, ma frêle récolte et mes fictions philosophiques.