fusil

  Je fixais intensément le chasseur, dressé distinctement à une centaine de mètres, me concurrençant dans ses habits étonnants, moi, ma propre chasse, et tous les autres chasseurs des alentours. Je m’ingéniais à capter son regard, à attirer son attention, ou à lui faire adopter une position plus discrète (les oiseaux reviendraient-ils ?). Entêté, j’enchaînais avec impatience des incitations verbales, des insinuations vexantes, des insultes vives, espérant ainsi provoquer le départ de cet intrus, dont l’équanimité était un comportement singulier, un déplaisir certain, une offense à ma fierté infinie. Devant la faillite de mes talents oratoires, je courus en tirant en l’air vers l’homme imperturbable...qui se révéla n’être qu’un épouvantail inerte, équipé d’un vieux fusil rouillé ! Et, ne désirant pas, devant les oiseaux prudents mais néanmoins rieurs, être dupé par un mannequin mal équipé, je laissais dans son armature mon vrai fusil, comptant sur le réveil de son instinct de chasseur pour tuer à ma place quelques volatiles moqueurs.