caméléon

   A mon réveil, des bribes de rêves, espiègles, voletaient autour de moi. Je m’élançai à leur poursuite. Je courais chaotiquement sur mes sept pattes dans des forêts brumeuses de réminiscences. Des images furtives, effrayées, et égoïstes, retournaient se cacher dans leurs terriers remplies de miroirs multicolores, alors que des bruits confus me déséquilibraient et repartaient immédiatement, hystériques. Mes ongles aiguisés, tels les langues protractiles des caméléons, jaillirent avec élégance et précision, mais ne me rapportèrent que le cadavre amorphe et calciné d’une rêverie schizophrénique. J’enterrai solennellement mon piètre butin, muet à jamais dans son cercueil en hêtre sculpté rehaussé d’or, accompagné par une douce musique marine. Puis je profanai cette sépulture, ingérant et digérant avec soin ce corps informe, qui, je le soupçonnai, s’était suicidé volontairement, par pudeur. J’avertissais ainsi lourdement mes prochains rêves, tout en me promettant de perfectionner ma technique de chasse, l’exaltation ne devant pas prendre le pas sur l’efficacité.